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Ce pays de cocagne qu’est la France pour ses six millions de handicapés

Mis à jour le dimanche, 13 octobre 2013 04:34 - Écrit par Yvanie le dimanche, 13 octobre 2013 04:34

On pourrait le croire facilement et plus facilement encore si dans notre entourage proche on ne gère pas ce problème délicat.

Nos hommes publics en parlent si bien du handicap, ils sont si bien relayés par les médias, que la majorité des moutons de France croient que c’est un vrai boulevard qui s’offre à tous les handicapés, au pays de la poule au pot !

Pourtant tout ne va pas si bien, même si, par soucis de dire la vérité, j’admets que de bonnes initiatives fleurissent çà et là ! Mais pour beaucoup trop, de ces éclopés, le quotidien n’est pas évident quand il ne tourne pas simplement au cauchemar…

… Je suis moi-même un handicapé lambda mais reconnu, donc encarté, un ayant droit à la mention, pas forcément très recherchée, "BESOIN D’ACCOMPAGNEMENT". Tombé dans le handicap au soir de ma vie. Mes jambes ne me portant plus, je fonctionne en fauteuil roulant, mes reins ne fonctionnant plus, alors, je fréquente avec assiduité la dialyse de jacques Monod, la dernière version, conçue par un technocrate qui n’a jamais mis les pieds dans une dialyse avant d’échafauder son projet réalisé par des gougnafiers du troglodytique. Salués et fêtés pour ce bel ouvrage, sans la trace d’un quelconque remord !

Hier, j’ai débuté à l’aube, ma journée à la dialyse de Jacques Monod, je suis parti, sans mon fauteuil, même si la journée devait être fort longue.

Je devais, en léger différé, enchaîner sur un passage à l’IRM. Juste au moment d’embarquer dans l’ambulance, le couple aimable qui opérait fit cette remarque : le fauteuil ne reviendra pas ce soir, il en disparaît beaucoup à l’hôpital, surtout s’ils sont pimpants ! Ils trouveront bien une solution de remplacement sur place.

Je passais, facilement, du brancard au lit médicalisé pour attaquer une nouvelle séance, avec aux commandes une officiante d’un commerce agréable, tout se déroula donc normalement !

A la fin de cette séance, je ne pouvais pas imaginer le calvaire que j’allais vivre à partir de ce moment là.

Au moment ou je vis le fauteuil, antédiluvien, sur lequel j’allais être transféré mon détecteur d’alerte se déclencha. Avant même d’être déposé sur ce spécimen, sorti tout droit du musée des matériels en usage dans les hôpitaux de notre hexagone, au siècle dernier, je remarquais que le siège du fauteuil penchait vers l’avant. Une fois le transfert réalisé, je dus me rendre à l’évidence, le reste de mon aventure hospitalière allait être placée sous le signe de la précarité et de l’inconfort.

Le travail à l’hôpital étant codifié, c’est une équipe différente qui entreprit de me transférer dans la salle ou m’attendait mon déjeuner. L’opération ne fut pas simple, même si deux personnes m’assistaient, je ne tenais dans cet horrible fauteuil qu’en crispant mes mains sur les accoudoirs. Quant à mes jambes mortes, elles refusaient de rester sur un repose pieds positionné à une mauvaise hauteur. Traduit en clair,  cela veut dire que le repose pieds n’était pas réglable. 

Me voilà arrivé dans une petite pièce triste éclairée par deux fenêtres donnant sur le mur d’une cour intérieure. Installé, tel un équilibriste, devant une table déjà occupée par une dame très triste. Après quelques oscillations pittoresques, me voila enfin devant mon plateau, une main crispée sur le bord de la table, assurant mon équilibre, pendant que l’autre servait à me sustenter. Cette opération fut bâclée en dix minutes chrono, après j’ai contemplé à loisir une pendule banale placée sur le mur, en face de moi, une façon de mesurer le temps qui passe dans ce cadre superbe.

Ma position est à la fois inconfortable, insupportable et humiliante. C’est à ce moment là qu’un besoin naturel pressant se manifesta. J’appelle à l’aide, sans aucun résultat, alors je change de registre et je gueule comme un putois orphelin. L’opération à pu, finalement, être menée à bien et à temps. Merci ! Cela à créé un remue-ménage qui attira un cadre, identifié, qui comprit que cette situation était inconvenante et m’affecta un autre vieux fauteuil plus confortable, en réalité aussi déglingué.

Il me permit de passer mon temps dans le sas d’entrée de la dialyse lourde, sous un diffuseur de la climatisation. Ce fut un moment merveilleux. Mais une heure plus tard, retour sur le premier fauteuil et départ vers la radiologie ou les bonnes fées qui ont assuré mon transfert me laissent dans une salle d’attente bondée après m’avoir recalé tant bien que mal sur mon fauteuil.

La salle d’attente se vide lentement et je ne sais toujours pas si je suis sur la liste des élus… le temps passe et voila que l’on appelle mon nom. Machinalement je réponds : Présent ! L’assistante m’observe silencieusement, un court instant, puis la question attendue arrive : vous marchez un peu ? La réponse est non.

La dame s’esquive vivement en marmonnant un truc que je n’ai pas compris. Je suis à ce moment quelque peu perplexe mais la dame réapparait, empoigne les brancards de mon fauteuil en me prévenant de l’action qui va suivre : on va passer par derrière en s’engageant dans un couloir. Je me retrouve dans une salle d’examen proche de la machine. Et dans ma confortable situation, ces professionnelles me privent lestement d’un certain nombre de mes peaux, lorsque le précédent patient sort de l’antre de la machine, passe derrière le paravent pour gagner une cabine d’habillage. Ça va être à vous m’annonce-t-on, avec mon fauteuil fauteuil, je pénétre dans l’antre technologique. Mon installation se passe relativement bien mais au final je trouve cet examen fatiguant, long, bruyant et assurément pénible.
Ce n’est pas mon premier IRM mais je n’ai jamais à ce jour vécu pareille épreuve.

L’on me rhabille fort gentiment et l’on me roule même jusqu’à l’accueil du service ou les ambulanciers viennent me cueillir un long moment après la dernière alerte -oui j’ai bien failli glisser de cet infernal fauteuil- mais j’ai été sauvé par la grande réactivité du personnel de l’accueil à qui j’envoie un bien sincère merci !

Parti de chez moi à 6h30, je suis de retour vers 18h15, après avoir passé ces heures à l’hôpital public à la française, je suis complètement vidé, me croyez-vous ? 

Jean Masbou

3 commentaires
 
0 # esperance56 - Le 04 décembre 2013 à 05h39
:oops: triste réalité hélas
 
 
+1 # bernez - Le 10 janvier 2014 à 03h43
Comprenez-vous pourquoi on nous appelle les PATIENTS ?
Bon courage tout de même pour la suite.
 
 
0 # bernez - Le 10 janvier 2014 à 03h43
Comprenez-vous pourquoi on nous appelle les PATIENTS ?
Bon courage tout de même pour la suite.
 

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