Greffe rénale et obésité : de nouvelles recommandations pour sortir de la double peine ?

🔵 De nouvelles recommandations s’intéressent à la transplantation rénale chez les personnes en situation d’obésité.
L’obésité : un frein réel à l’accès à la greffe
Le constat est clair : les personnes en situation d’obésité accèdent plus difficilement à la greffe rénale.
👉 Pourquoi ?
Parce que l’obésité est associée à :
- davantage de complications chirurgicales (infection, cicatrisation…),
- un risque cardiovasculaire plus élevé,
- des difficultés techniques lors de l’intervention.
Mais la greffe reste bénéfique, même en cas d’obésité
C’est un point essentiel de ces recommandations :
📍 La greffe améliore la survie et la qualité de vie par rapport à la dialyse, y compris chez les patients obèses.
La HAS a précisé dès 2015 que l’obésité n’est pas une contre-indications à la greffe et ne constitue pas à elle-seule un motif de refus d’inscription sur la liste d’attente, sauf en cas d’obésité avec un IMC très élevé, supérieur à 50.
L’IMC est un indicateur calculé à partir du poids et de la taille, utilisé pour définir le surpoids (IMC entre 25 et 29,9) et l’obésité (à partir de 30).
Pourtant, en pratique, des patients en situation d’obésité ayant des IMC très inférieurs au seuil défini par la HAS, et parfois même des patients en surpoids, restent fréquemment confrontés à différents obstacles :
- des refus d’inscription, parfois sans alternative proposée
- une condition d’accès à la liste subordonnée à une perte de poids, particulièrement difficile en dialyse et dont l’accompagnement n’est pas toujours adapté
- des critères d’inscription et des pratiques variables d’un centre à l’autre
L’ensemble de ces obstacles expose à des pertes de chance, en retardant ou en limitant l’accès à la greffe.
L’Association Française d’Urologie et la Société Francophone de Transplantation viennent de publier de nouvelles recommandations, à l’élaboration desquelles Renaloo a participé.
L’accès à la greffe ne se résume plus à l’IMC, mais repose sur une évaluation globale, intégrant la morphologie, la faisabilité chirurgicale, la fragilité, la masse musculaire, le diabète, l’état cardiovasculaire, l’âge et les comorbidités.
La question n’est donc plus : « à partir de quel IMC refuse-t-on ? », mais : « comment réduit-on le risque pour rendre la greffe possible ? ».
C’est une avancée majeure, parce qu’elle remet enfin le projet du malade au centre.
Dire à un patient : « revenez quand vous aurez maigri » n’a jamais été une politique de santé. Dans la maladie rénale, une perte de poids mal encadrée peut en outre se payer par de la dénutrition, de la perte musculaire et davantage de risques et de fragilités.
🏥 Tout parcours de perte de poids doit être organisé, accompagné et coordonné avec les équipes de néphrologie, dialyse et transplantation.
Pour certains patients, la chirurgie bariatrique doit être discutée.
Pour d’autres, un traitement médicamenteux peut devenir une réelle option.
Mais on ne peut pas exiger un résultat sans organiser l’accompagnement.
Les nouveaux médicaments anti-obésité : une piste concrète, aujourd’hui à la charge des patients
Les données récentes sur les agonistes du récepteur du GLP-1 peuvent profondément changer la donne, en permettant une perte de poids compatible avec un projet de greffe.
En 2025, une étude a montré que 56,5 % de patients jusque-là refusés pour leur poids avaient pu être inscrits sur liste d’attente après traitement ; parmi eux, 61,5 % ont ensuite été greffés. Une autre étude rapporte 48,2 % d’inscription sur liste à un an avec ces traitements, contre 16,7 % avec les seules mesures hygiéno-diététiques.
Ces premiers résultats démontrent que les médicaments anti-obésité ne relèvent pas du « confort » mais peuvent constituer de véritables clés d’accès à un traitement vital.
Pourtant, en France, des traitements comme Wegovy® ou Mounjaro® ne sont pas remboursés par l’Assurance maladie. lls restent à la charge des patients, avec un coût d’environ 300 euros par mois, un montant particulièrement difficile à supporter pour des personnes dont la dialyse restreint fortement la possibilité de travailler et diminue les revenus.
Cette absence de prise en charge est difficilement défendable dès lors que ces médicaments peuvent, pour certains patients, conditionner l’accès à la greffe.
Un non-sens médical, économique et éthique
La dialyse est un traitement lourd, contraignant et coûteux pour l’Assurance maladie, de l’ordre de 70 000 euros par an et par patient. La greffe améliore la qualité et l’espérance de vie, tout en réduisant de façon massive les coûts pour le système de santé.
Dans ce contexte, continuer à financer des années de dialyse tout en refusant de prendre en charge des traitements susceptibles de permettre l’accès à la greffe n’a pas de sens, ni médicalement, ni économiquement, ni éthiquement.
Espérons que ces recommandations permettront d’en finir avec les refus d’inscription sur liste fondés sur l’IMC seul en harmonisant les pratiques entre centres et en orientant rapidement vers des parcours spécialisés. Il faudra également ouvrir le débat sur le remboursement des traitements anti-obésité, en particulier lorsqu’ils visent à favoriser l’accès à la greffe rénale.
Faire peser sur les patients le coût d’une incohérence collective – financer la dialyse mais pas les moyens d’en sortir – n’est plus acceptable.
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