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"Il y a zéro équité dans l’accès aux greffons rénaux" : l'interview du Pr Lionel Rostaing, transplanteur au CHU de Grenoble

Mis à jour le dimanche, 01 juillet 2018 09:48 - Écrit par Renaloo le lundi, 18 juin 2018 09:38

Les durées d'attente de greffe vont de 13 mois à plus de 5 ans selon les hôpitaux. Une situation injuste, que Renaloo dénonce de longue date. Alors que l'association vient de saisir le Défenseur des droits, le Pr Lionel Rostaing, transplanteur au CHU de Grenoble, donne son point de vue sur ce dossier.

Comment explique-t-on les différences dans les délais de répartition et pourquoi les délais s’allongent-ils ? 

Les différences sont multifactorielles mais le système du rein local est un facteur essentiel.
À partir du moment où un rein reste local et que l’autre est "nationalisé", il y a forcément des différences. Les équipes qui prélèvent beaucoup localement ont davantage de reins et les délais sont encore plus raccourcis si elles ont des listes d’attente courtes (différentes raisons à cela). Dans ce cas les patients accèdent très rapidement à la greffe. Pour les équipes où il y a peu de prélèvements, au fil des années les patients s’accumulent sur liste et cela crée de la disparité. Les délais s’allongent car il y a une accumulation du retard d’année en année.

Le système du rein local est-il justifié ?

C’est un système inéquitable, car les taux de prélèvements ne dépendent pas que des équipes, il y a aussi des facteurs épidémiologiques, démographiques ou géographiques qui entrent en compte. Par exemple, à Paris, la population est plus jeune : il y a donc moins d’accidents vasculaires cérébraux. De même, on y meurt moins d’accidents de la route. De fait, il y a moins de morts encéphaliques et donc moins de reins disponibles pour de nombreuses équipes.

Il ne faut pas croire que l’attribution locale est la juste récompense d’une bonne politique de prélèvements car il y a découplement entre les équipes de prélèvement de celles de transplantation. Les coordinations de prélèvement hospitalières sont indépendantes des services cliniques : c’est la loi et on peut espérer qu’elles fonctionnent ainsi. Il n’y a donc pas de risque de diminuer les prélèvements en supprimant le rein local. 

Quels seraient les effets d’une suppression du rein local ?

S’il y avait une liste nationale avec une répartition nationale des reins, il y aurait deux fois plus de reins répartis selon un système de score plus équitable.

Si l’on remettait le système à plat, avec une répartition nationale, les patients qui attendent depuis plus longtemps seraient greffés en priorité. Il y aurait donc une "aspiration" des greffons vers les centres où la durée d’attente est très longue : on multiplierait le nombre de greffes dans ces centres, le temps d’éponger leur liste. À l’inverse, les centres qui ont des listes d’attente courtes auraient moins d’activité car ils ne seront plus prioritaires sur les reins de donneurs décédés locaux. Cela prendrait environ 3 ans pour mettre à plat le système mais quand le curseur sera remis à 0, le délai moyen sera rééquilibré et à terme chaque centre greffera au prorata des besoins.

En outre, aujourd’hui, les centres qui ont des courts délais d’attente (< 1 an) n’ont pas d’intérêt à développer la greffe rénale à partir de donneur vivant. En supprimant le rein local, ils seraient poussés à compenser et la compensation, c’est accroître le nombre de donneurs vivants : cela permettrait d’augmenter le nombre de greffons au niveau national.

Supprimer le système du rein local ne suffirait toutefois pas à réduire les temps d’attente. Il faut aussi prélever plus de donneurs décédés (on peut parfois utiliser les reins de personnes de 90 ans ou plus !), augmenter les reins Maastricht III, optimiser le recensement des morts encéphaliques, déployer le prélèvement sur donneur vivant… 

L’iniquité des délais d’attente a déjà été pointée par Renaloo et relayée par les médias (voir le dossier du Parisien en septembre 2013). Pourquoi rien n’a changé ?

Parce que c’est politiquement incorrect et que c’est une boîte de pandore. Il y a un tel lobby que les choses n’évoluent pas, même si c’est dramatique pour les patients.

Pourtant, est-ce que c’est grave si des services greffent moins du jour au lendemain ? Ça, il faut juste être prêt à l’assumer.

C’est un problème politique : aujourd’hui il n’y a pas de justice, d’égalité dans ce domaine-là en France, mais c’est du ressort ministériel de faire évoluer les choses.
 

> Voir aussi l'article : Eclairage - quelques précisions sur le plaidoyer de Renaloo autour la répartition des greffons rénaux

1 commentaire
 
0 # triton - Le 19 juin 2018 à 05h47
C'est vraiment une question concernant Paris, mais je ne suis pas certain que les provinciaux soient très sensibles au post. Question, quelles sont les stats sur les taux de refus de don par région ?
 

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