Maladie rénale chronique : enfin des traitements qui changent le pronostic
Pendant longtemps, le diagnostic de maladie rénale chronique (MRC) a laissé peu d’espoir : surveiller, ralentir modestement l’évolution… puis, souvent, se préparer à la dialyse ou à la greffe.
Cette situation est en train de changer profondément.

Depuis quelques années, plusieurs innovations thérapeutiques majeures ouvrent enfin la perspective de ralentir beaucoup plus efficacement l’évolution de la maladie, de retarder très longtemps la dialyse ou la greffe, et peut-être demain, pour certaines formes de MRC, d’en stopper la progression.
Ces avancées restent encore insuffisamment connues, alors qu’elles pourraient transformer la vie de millions de personnes.
La MRC concerne 6 millions de personnes en France, et plus de 100.000, dont les reins sont complètement détruits, survivent grâce à la dialyse ou à la greffe de rein.
Depuis le début des années 1990, le traitement de la MRC repose sur les mesures hygiéno-diététiques – contrôle de la pression artérielle, du diabète, du poids, réduction du sel – et sur une seule classe de médicaments, les inhibiteurs du système rénine-angiotensine (IEC/ARA2), capables de ralentir l’évolution de la MRC, mais avec une efficacité limitée.
Cela a longtemps nourri l’idée d’une évolution inévitable de la MRC et limité les efforts de dépistage.
De fait, pendant plusieurs décennies, aucune véritable avancée thérapeutique n’est intervenue.
Aujourd’hui, trois grandes classes de médicaments, les gliflozines (inhibiteurs de SGLT2), la finérénone (antagoniste des récepteurs des minéralocorticoïdes) et les traitements de l’obésité, ont le potentiel de transformer profondément la trajectoire de la MRC.
🔵 Retour sur les inhibiteurs du système rénine-angiotensine (IEC/ARA2)
À partir des années 1980, les chercheurs ont identifié des mécanismes communs à toutes les MRC. L’un des principaux est lié à l’angiotensine, une hormone qui favorise la dégradation des reins lorsqu’elle est trop active.
Cela a conduit au développement des inhibiteurs du système rénine-angiotensine (IEC/ARA2), capables de ralentir la progression de la MRC. Mais leurs effets restent limités : ils freinent l’évolution sans l’arrêter et ne sont pas efficaces chez tous les patients.
Ce sont des médicaments très courants, connus sous différents noms (Triatec, Coversyl, Cozaar, Kenzen…), mais aujourd’hui le plus souvent sous forme de génériques (ramipril, périndopril, losartan, candésartan).
🔵 Les gliflozines (inhibiteurs de SGLT2)
Un tournant survient en 2019. D’abord développée pour le diabète de type 2, la canagliflozine démontre pour la première fois une protection rénale tangible : moins de déclin de la fonction rénale, moins de décès, moins de dialyse et de greffes. L’essai est interrompu prématurément tant le bénéfice est évident.
D’abord observé chez les patients avec une MRC diabétique, cet effet est ensuite confirmé chez les non-diabétiques (dapagliflozine, 2020), puis étendu à tous les profils de patients, avec ou sans albuminurie (empagliflozine, 2022).
Associés aux IEC/ARA2, les gliflozines diminuent d’environ 30 % supplémentaires le risque de progression de la MRC. A condition d’être utilisées précocement, elles pourraient retarder de plus de 20 ans la nécessité de dialyse ou de greffe.
Les données montrent désormais que la plupart des malades du rein, quelle que soit leur maladie rénale, devraient recevoir cette classe de médicaments, associée aux IEC/ARA2.
Une info importante : au début du traitement, une petite baisse du DFG est normale et signe que le médicament protège le rein : il ne faut pas l’arrêter !
En France, deux gliflozines sont prises en charge par l’Assurance Maladie pour la MRC : la dapagliflozine (Forxiga®) et l’empagliflozine (Jardiance®).
🔵 La finérénone (antagoniste des récepteurs des minéralocorticoïdes)
Ce médicament est issu de recherches visant à freiner la fibrose, c’est-à-dire la formation de tissu cicatriciel, chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque.
Deux études ont montré que la finérénone améliore les résultats cardiovasculaires et réduit le risque de progression de la MRC chez les patients diabétiques.
Ces résultats ont conduit à l’approbation de la finérénone pour la MRC diabétique aux États-Unis dès 2021.
Le mécanisme d’action de la finérénone est différent de celui des gliflozines. Une étude publiée en 2025 sur son association avec l’empagliflozine montre que leurs effets s’additionnent, en complément des IEC/ARA2.
Des études sont en cours chez les patients non diabétiques, dont les résultats sont attendus rapidement et semblent prometteurs.
En France, la finérénone (Kerendia®) n’est ni prise en charge, ni disponible en pharmacie, faute d’accord entre le laboratoire et les autorités de santé sur son prix. Certains patients parviennent cependant à se la procurer dans des pays frontaliers, avec une prescription de leur néphrologue, pour un coût d’environ 70€ par mois.
🔵 Les médicaments de l’obésité
Les agonistes du GLP-1 ont été d’abord développés pour le diabète de type 2, pour lequel ils sont utilisés depuis le milieu des années 2000.
Leurs bénéfices sur le poids et le risque cardiovasculaire ont conduit de façon récente à tester leurs effets sur les reins.
Il a été montré en 2024 que le sémaglutide (Ozempic®, Wegovy®) réduit le risque d’insuffisance rénale ainsi que de décès d’origine rénale ou cardiovasculaire ; cet effet a d’abord été étudié chez des patients diabétiques, avec une diminution de la nécessité de dialyse ou de greffe, puis confirmé chez des patients obèses sans diabète, avec une réduction de 22 % de la progression de la MRC.
Au total, dans la MRC liée au diabète, les agonistes du GLP-1 ont démontré un bénéfice rénal et cardiovasculaire. Pour les autres types de MRC, les signaux sont favorables, mais ne disposent pas du même niveau de preuve ni d’une place établie en pratique. Plusieurs études sont en cours, pour le sémaglutide comme pour le tirzépatide (Mounjaro®), afin d’évaluer leurs effets spécifiques sur la MRC.
En France, seul le sémaglutide (Ozempic®) est remboursé pour le diabète de type 2, y compris en cas de MRC diabétique. Aucun médicament n’est remboursé pour l’obésité ni pour la MRC en tant que telle.
🔵 Perspectives
Une des prochaines étapes est d’identifier les meilleures combinaisons de ces traitements et leur capacité à ralentir, voire stopper la progression de la MRC, qu’elle soit d’origine diabétique ou non. À ce jour, aucun essai n’a encore évalué l’association des quatre grandes classes : IEC/ARA2, gliflozines, finérénone et agonistes du GLP-1.
Dans le même temps, des thérapies ciblées se développent pour certaines MRC primitives, par exemple la néphropathie à IgA et d’autres glomérulophaties, l’hyperoxalurie, le Shu atypique, ou le lupus.
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Là aussi, les combinaisons de médicaments néphroprotecteurs et ciblés ouvrent la perspective d’une complémentarité des approches.
🔥Une véritable rupture thérapeutique pourrait bien être cours.
L’objectif n’est plus seulement de ralentir la MRC, mais d’en stopper la progression et, dans certains cas, d’aller vers une amélioration des atteintes rénales.
Mais sans dépistage précoce, pas de traitement efficace : une grande partie des patients ignore encore sa MRC, encore trop souvent associée à une absence de solution thérapeutique. Mieux repérer, mieux informer et assurer l’accès aux traitements est désormais un enjeu majeur.
Ce n’est pas un hasard si l’OMS a fait tout récemment de la MRC une priorité : il est temps d’agir.
C’est tout le sens du combat de Renaloo.


