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Le Pr Odile Launay répond à nos questions sur la faible efficacité des vaccins antiCovid19 chez les personnes greffées

✅ Le Pr Odile Launay, infectiologue, coordinatrice du centre de vaccinologie Cochin-Pasteur, membre du comité scientifique vaccin Covid-19, est une des principales expertes de la vaccination en France, et notamment de celle des personnes immunodéprimées.

Elle dirige la plateforme d’essais cliniques Covireivac, mise en place par l’Inserm pour mieux étudier les effets des vaccins contre le Covid, qui comprend des cohortes de populations particulières dont les patients insuffisants rénaux, dialysés et transplantés.

➡️ Elle a accepté de répondre à nos questions sur les incertitudes liées à la vaccination des patients greffés.

✅ Rappel : Vous êtes greffé du rein et vacciné contre le COVID19 ?

➡️ Vous ne pouvez pas pour le moment considérer que vous êtes protégé par le vaccin.

➡️ Continuez à respecter toutes les mesures de protection et ne baissez pas la garde face au virus !

Renaloo : Les patients greffés vaccinés qui n’ont pas d’anticorps neutralisants peuvent-ils néanmoins avoir une protection par immunité cellulaire ?
Odile Launay : Oui, il est possible qu’une réponse cellulaire permette une protection, en particulier sur les formes graves de la maladie. Cette réponse peut être mesurée par des tests de l’immunité cellulaire mais nous ne connaissons pas actuellement les corrélats de protection pour ce virus et ses variants (c’est-à-dire le titre en anticorps ou la réponse cellulaire permettant la protection).

R : Certains patients greffés ont malgré tout des titrages élevés d’anticorps neutralisants après la deuxième dose vaccinale. Peuvent-ils se considérer comme protégés ?
OL : Il s’agit d’une protection partielle, qui ne doit en aucun cas empêcher les gestes barrières en particulier en raison de la circulation de virus variants qui peuvent échapper à ces anticorps.

R : Cette protection doit-elle être mesurée régulièrement pour vérifier sa persistance ?
OL : Non, car aujourd’hui on ne sait pas quel est la concentration d’anticorps qui protège.

R : Les patients vaccinés qui n’ont pas fait de test sérologique recherchant ces anticorps doivent-ils en demander la prescription ?
OL : Non, pas pour le moment et pour la même raison.

R : L’immunosuppression de façon générale diminue la réponse aux vaccins. Mais ici il semble aussi exister un rôle spécifique pour certains types d’antirejet. Est-ce que cela a été déjà constaté pour d’autres vaccins ?
OL : Oui c’est connu déjà pour les vaccins contre la grippe, l’hépatite B, le papillomavirus par exemple… Ceci semble être le cas aussi pour ces nouvelles technologies vaccinales (vaccins a ARNm ou vaccins vectoriés).

R : Le défaut d’efficacité des schémas vaccinaux « classiques » est fréquent chez les greffés. Quelles solutions sont habituellement utilisées pour améliorer cette efficacité ?
OL : Plusieurs possibilités doivent être évaluées : faire un plus grand nombre d’injections, proposer deux doses de vaccin à chaque vaccination, utiliser des vaccins plus immunogènes avec des adjuvants* de l’immunité. Certains ont proposé de moduler le traitement immunosuppresseur pour améliorer la reponse immunitaire mais cela n’est pas sans risque pour le greffon.

R : Pouvez-vous nous parler du rôle des adjuvants ? Pourraient-ils avoir un intérêt pour améliorer la réponse vaccinale des immunodéprimés ?
OL : Les vaccins actuellement disponibles sont ceux qui ont été les plus rapides à développer (ARNm et vecteurs viraux) et ne contiennent pas d’adjuvants, car ils n’en ont pas besoin pour induire une reponse.
Mais oui, les adjuvants pourraient avoir un intérêt pour vacciner les personnes greffées, on l’a vu pour la grippe H1N1 en 2009 ou encore pour le vaccin contre le zona sous unitaire, encore non disponible en France, mais ayant fait l’objet d’études chez ces patients ainsi que pour celui contre l’hépatite B.

R : Certains des vaccins contre le Covid19 qui arriveront en France dans les mois qui viennent pourraient-ils être plus efficaces que ceux qui sont actuellement disponibles ?
OL : C’est possible : le vaccin de NOVAVAX et celui développé par Sanofi comportent des adjuvants. Des combinaisons de différentes technologies de vaccins pourraient aussi peut-être avoir un intérêt.

R : De façon paradoxale, les populations les plus à risque et qui ont été vaccinées en 1er ont été exclues des essais cliniques des vaccins. Les industriels devraient-ils être incités à inclure ces populations dans leurs essais (éventuellement en analysant leurs résultats de manière isolée) ou bien même à développer des formes particulières de leurs vaccins spécifiquement pour les patients immunodéprimés ?
OL : Oui, bien sur ces essais spécifiques doivent être conduits, mais ne peuvent l’être que lorsqu’on sait que ces vaccins ont démontré leur efficacité dans la population générale…

* Les adjuvants sont ajoutés à la fabrication de certains vaccins pour les rendre plus efficaces. Ce sont des substances qui vont augmenter l’inflammation et donc la réponse immunitaire au vaccin.

 ✅ Rappel : l’amélioration de l’efficacité vaccinale est selon nous une priorité et une urgence.

➡️ Renaloo a alerté les sociétés savantes et le Ministre de la Santé dans ce sens.
Nous avons notamment plaidé pour qu’une démarche collective destinée à identifier les stratégies de renforcement vaccinal les plus efficaces et accompagner les patients durant cette période soit rapidement mise en œuvre.

➡️ Nous avons également demandé que les proches des patients immunodéprimés et à très haut risque puissent accéder dès à présent à la vaccination, afin d’être en mesure de les protéger.

> Voir les échanges entre Renaloo, les sociétés savantes et le Ministre de la Santé

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6 Commentaires

  • super renaloo hyper reactifs! par contre dans la question sur l’efficacité du vaccin notamment par rapports a ” certains anti rejets ” je n’ai pas saisi le lien particulier ( au dela de l’immuno suppression) entre anti rejets et efficacité ..y a t’il des anti rejets qui qont encore plus nefastes que d’autres concernant l’efficacité du.des vaccin.s?

  • Pourquoi ne pas faire systématiquement un dosage d’anticorps après la 2ème dose ? Ce serait peut-être le moyen de déterminer un seuil d’anti-corps protecteur contre la covid chez les greffés (pour ceux qui ont des anti-corps) ?

  • Cela est très inquiétant.
    On a l’impression d’un retour en arrière et de s’être fait vacciner « pour rien « .
    Je vis avec mon fils de 22 ans donc non éligible à la vaccination à ce jour.
    Par quel biais pourrait il se faire vacciner en prouvant qu’il vit avec une greffée ?

  • Bonjour,
    Merci pour cet article.
    C’est une mauvaise nouvelle … Je pensais pouvoir avoir l’esprit un peu plus léger avec la vaccination, c’est raté.
    J’espère que cela se résoudra avec une 3ième injection. En attendant, restons prudents.

  • moi j’ai vraiment le sentiment que la question de la réception des vaccins par les personnes immuno-D n’a pas été anticipée par les labos !… gâchis de vaccins déjà faits ??? qu’en penser ? si les 2 premières doses ne servent à rien pour nous ? elles auraient pu être profitables à + de personnes âgées par ex , ou aux professeurs. Ca fait un peu double peine. Déjà la patho + les vaccins qui nous laissent au final en proie a des risques fous /covid…déception, je me sens à nouveau hyper vulnérable, l’équilibre psychologique commence à être compliqué à gérer, que penser car finalement on n’a pas de chiffres chez notre population de la non-efficacité : totale-partielle-complète des injections??? brouillard total

  • Clairement, la vaccination est un échec total. Dès qu’il y a eu un peu de suivi sérologique, on en eu a la preuve. Ca n’a absolument pas marché. Pour la souffrance psychologique qui en résulte (en plus les hôpitaux nous ont abandonnées, on n’a plus eu aucun nouvelle depuis mi-mars) j’ai pris un RV par Qare avec un psychiatre afin de me faire prescrire des médicaments contre l’angoisse. C’est gratuit car ça rentre dans notre ALD, notre pathologie.
    C’est très dur à vivre, non seulement pour les doses perdues bêtement mais aussi parce qu’il n’y a pas d’espoir. Ce n’est pas la peine de se berlurer, de croire à des doses supplémentaires, etc. Ca ne marche pas dans l’état actuel des choses et je ne sais pas combien de mois ça va prendre pour que quelque chose puisse poindre à l’horizon. Le problème est qu’on ne peut plus se soigner : le moindre rendez-vous chez le dentiste devient une prise de risque énorme. Ils pourraient a minima vacciner nos proches, quand même ! Mais non, même pas !
    Pour lutter contre ce sentiment d’abandon, je pense que le recours à des médicaments psychiatriques est la seule solution.

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