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Le récit


J3 – lundi 3 juin 2002

J'ai toujours aussi mal, ça a été comme ça toute la nuit, comme je le pressentais le doliprane ne me calme pas. Un néphrologue passe pour vérifier que ces douleurs sont bien dues à ma cicatrice, et pas à une occlusion intestinale. Le sursaut que provoque un simple effleurement sur mon pansement le renseigne à ce sujet !

Mes résultats biologiques sont excellents, ma créat est encore descendue (elle est à 96µmol/l). Les soins du matin se déroulent, ils sont presque devenus routiniers. Nouvelle pesée, je m'en sors un peu mieux que la veille mais je me sens tout à fait incapable d'aller faire ma toilette dans la salle de bain comme on me le propose. Je parviens cependant à me laver le haut du corps toute seule, au lit. J'en profite pour demander ma trousse de toilette, et j'entreprends un ravalement de façade : je me coiffe (pas du luxe !), j'applique de la crème sur mon visage fraîchement nettoyé, etc. Ca me fait un bien fou, j'ai l'impression de retrouver un peu de mon humanité. J'en profite pour refaire une tentative avec la télévision, seulement les programmes sont… limités !

Un coup de fil à maman m'apprend qu'elle aussi s'est vue privée de morphine (elle avait une pompe depuis son retour du bloc) et doit maintenant se contenter du doliprane. Elle a vu les médecins, et normalement nous serons de nouveau réunies dès demain ! Tant mieux, je commence à me morfondre, seule dans cette petite chambre, j'ai hâte de la voir… Dominique travaille aujourd'hui, il ne pourra venir que dans la soirée. Papa vient me voir de temps en temps, toujours armé de son inévitable camescope qui immortalise son séjour (et les nôtres) ! N'empêche que je n'ai pas trop le moral, même je sais que je n'en ai pas vraiment le droit . Je devrais être capable de simplement me réjouir que tout se passe si bien, et ne pas laisser la douleur ou la solitude obscurcir mon horizon. Je sais aussi par expérience que la Cortisone à fortes doses provoque ce type de vague à l'âme, et j'aimerais bien pouvoir le surmonter rien que pour me prouver que je ne vais pas une fois encore me laisser abattre par ce médicament… Malgré ces considérations, je ne peux pas m'empêcher de me sentir déprimée, mais j'essaie de ne rien laisser paraître…

Je prends maintenant tous mes médicaments par voix orale, les infirmières me les apportent à heures fixes. Je commence à avoir des maux d'estomac violents, et je dois bientôt me rendre à l'évidence : j'ai vraiment très faim. Cela fait déjà trois jours entiers que je n'ai avalé que de l'eau ! Je parviens à négocier un dîner léger, un yaourt, un fromage blanc et une compote. Rien de mirobolant, et pourtant ce sont les meilleurs qu'il m'ait jamais été donné de déguster ! Je conserve un souvenir ému de ce premier "repas", même s'il n'a pas complètement atténué ma fringale.

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